Aimable pamphlet sur l’attribution des AOT à l’île aux oiseaux

Que serions-nous sans la part d’héritage que nous ont transmis nos aïeux ?

Sans doute les outils du XXIe siècle nous offrent tous les moyens d’une existence contemporaine, partagée entre le travail la famille et les loisirs, inspirés par l’omniprésence informatique et la révolution technologique.

Sensible au discours d’actualité, notre véhicule est moins polluant, notre maison mieux isolée, on circule en vélo et l’on fait son jogging en veillant à ne pas dégager du CO2 en excès.

Fort de cette bonne compréhension des exigences contemporaines on peut dès lors prétendre à participer à l’effort écologique en postulant pour l’attribution d’une cabane en bois sur l’île aux oiseaux. Ainsi on pourra l’entretenir avec des peintures non polluantes. On arrachera les arbustes non autochtones et l’on ratissera le sable pour faire propre après avoir ramassé les morceaux de verres et déchets que l’on ramènera à terre.

Bref, on fera tout comme ceux qui nous ont précédés dans ce même lieu dans cette même cabane.

Et puis on ira se baigner, bronzer au soleil, en attendant midi pour boire le pastis avec les amis venus envier ce lieu paradisiaque qui sent si bon le privilège. Alors on leur dira comment à la suite d’une rude compétition on est devenu lauréat de l’attribution d’une AOT décernée par le Conservatoire du Littoral lui-même.
Mais, cher lauréat, champion attributaire d’une AOT sur l’île aux oiseaux, qui t’a transmis la connaissance de l’île, sa pratique, ses usages et ses traditions ?
Quel organisme averti, conscient des enjeux de pérennisation de ces valeurs auxquelles est attaché le Conservatoire du Littoral, a considéré que tu pouvais prétendre à une telle faveur.

Naviguant du Port de l’Île au Saous en passant par l’Afrique et l’Ilot, qui t’a indiqué les accès, qui t’a montré la façon d’affourcher ton bateau en fonction des vents dominants, des coefficients et des hauteurs d’eau, que sais-tu des coups de vents sur l’île et des érosions qui sapent les quais. Sais-tu réaliser un épi qui rapportera le sable au pied de ton quai que tu auras dû consolider, voire reconstruire, après la tempête de l’hiver ?

Bien sûr il y a le soleil, la baignade, la lecture, la belote et le pastis, mais il y a aussi la pêche et la chasse qui perpétuent les traditions et les usages de l’île.
La pêche ? Mais que pêche-t-on sur l’île outre les crabes bigorneaux et palourdes ? Du poisson ? Mais quel poisson, où, comment, à quel moment, par quel coefficient, à la ligne ? À la fouëne ? Au cordeau ? Au filet ? Au toc ? Avec des vers ? Où sont-ils…

Toi qui débarques, qui va te montrer, qui va t’apprendre ?

La chasse ? Sur l’île, c’est une passion née avec l’apprentissage que seuls le grand-père et le père ont pu initier car elle ne se borne pas à tuer mais appartient à un rituel qui rapproche les hommes dans une tradition ancestrale. Quelle soit à la tonne, aux pentes ou à l’affût, elle exige la connaissance et le respect des espèces sédentaires et migratrices. L’entretien des lacs et des tonnes, celui des sentiers de coquilles d’huitres et des ponts relève d’un suivi constant, d’un investissement physique, matériel et financier. On pourrait également évoquer le travail et l’attention que demande l’entretien des appeaux.

La pratique de l’île, de la pêche et de la chasse appartient aux usages et aux traditions. Sa connaissance ne s’invente pas, elle relève de la transmission, de l’héritage.

Tu dis que tu apprendras à tes dépends à mouiller ton bateau sur l’île, mais que tu ne connais rien à la pêche ni à la chasse ; que cela ne t’intéresse pas et que c’est contraire à tes idées. D’ailleurs, tu n’as pas été sélectionné pour chasser ni pour pêcher.

Alors, cher lauréat, champion attributaire, ceux qui t’ont sélectionné se sont trompés. Ils ont perdu de vue leurs objectifs.

S’ils t’ont sélectionné, c’est bien parce que tu ne succèdes à personne.

Confondant les notions d’héritage de transmission et de succession, ils ignorent ou ne veulent pas savoir que rien ne t’a été transmis et que faute d’hériter d’un enseignement sur la connaissance de l’île par l’apprentissage, tu participes à vider ce lieu de sa substance, de son histoire et de son devenir.

À moins qu’il s’agisse d’un jeu de dupes délibéré.

Fonctionnaires scrupuleux attachés aux principes de la loi, ils pratiquent le vide de la pensée, l’idéologie de la terreur. Ils pratiquent le « tout est permis, tout est possible » maniant avec délectation la clé du dessein totalitaire.

Au nom d’un ectoplasme écologique et du bonheur des hommes malgré eux, l’individu est sacrifié, éradiqué, comme le baccharis.

L’idéologie du mensonge, de l’hypocrisie et de l’éradication ont alors des consonances de bien triste mémoire.

L’Esquirey, novembre 2010

Association des concessionnaires, locataires, occupants et usagers de l’Île aux oiseaux pour la défense du paysage naturel et bâti

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